Branlette espagnole : 20 Jambié 2018

   Ce matin, comme tous les matins, j’observe les bergeronettes[1] faire la queue Akim Yeumiö[2] pour accéder aux boules de graines suspendues à la guirlande. Je me délecte de ce spectacle matinal : il y a un moulon d’oiseaux dans le jardin et le mistral ne les inquiète pas. L’absence de feuilles aux arbres profite aux petits gabarits, le prunus qui a grandi naturellement (sans jamais avoir été élagué) est clafi coume un iòu[3] d’oiseaux qui chantent et piaillent le bonheur d’être libre dès le soleil levé. Moi je suis un observateur. Un nouvel observateur, de droite, puisque je dois tourner ma tête à gauche. Je n’aurais jamais cru pouvoir tirer un tel plaisir de « simplement » regarder et écouter des oiseaux. Faut-il donc devenir aandjicapé pour voir ce qui nous entoure ? Je suis heureux que finalement, après 45 années de parlementations, il n’y aura pas d’aéroport à Saint Martin, ouf ! Je contemple, j’apprends. “Je deviens une sorte de moine qui mûrit sa réflexion sur le monde qui l’entoure” comme dit la quatrième de couv’. De plus en plus immobile, de plus en plus silencieux. Actuellement un reliquat de mon passé de plombier (qui pose des chauffe-eaux 200L au mur tout seul sans demander d’aide) : j’ai nommé une hernie, me fait soufrer le martir. Notez bien, c’est une hernie Habcock . Lorsque je tousse la douleur surgit, donc je dois veiller à ne pas tousser, ce qui est ingérable. Au moindre mouvement mon corps entier se crispe (NEU / NUEBO), ce qui finit donc par la douleur violente dans “les reins” : alors je reste immobile. Cloué par le destin. Passons.

Pourquoi diantre y a-t-il des dessins sur les feuilles de Sopalin ? Est-ce que le bouquet de lavande ou l’arrosoir stylisés vont contribuer à mieux essuyer ma bave ? –Non ? Alors vire moi ces merdes ignobles ! Qui a eu cette idée géniale ? Personne ne se dénonce ? Bon ben vous êtes tous au chomdu ! Tous les jours j’y ai droit. Un coup ce sont des pères-Noël, un coup ce sont des arrosoirs ou des cuillères. Comme si ces dessins étaient familiers à la ménagère considérée comme débile. -Elle n’en a pas assez des objets inutiles ? Non, il faut qu’on la conforte avec des dessins puérils pour l’abrutir davantage. Ces comme les rouleaux en carton du milieu qui finissent en objets de construction dans les crèches et garderies. Les puerilicultrices n’ont pas plus d’imagination que ça ? Et si j’ai envie d’éponger l’huile brûlée à carter de mon V8, elle sert à quoi la cuillère en étain stylisée à la mormoilnö sur mon Sopalin ? -A rien ? Ben oui mon p‘tit Emilien[4], à rien. Comme ça ne sert pas plus à ma bouche. Allez, retournes à ton bureau et calcule moi l’économie réalisée sans l’impression. Et pisketiyé tu m’expliqueras pourquoi on fabrique des rouleaux essuie-tout en papier blanc. Aucune utilité le blanc. D’ailleurs, si on avait des serviettes en tissus dans un camaïeu de marron (façon camouflage) on ne verrait plus les tâches de café. Pourquoi les serviettes sont toujours en teintes unies, hein ? Allez, zou, une intro au pifomètre.

     Me voilà à nouveau seul avec mon nordji. Ambiance rentrée, froid hivernal et déprime. J’ai terminé mes pérégrinations en trois dimensions, pour l’instant. Un mois pour sortir l’iScargo (c’est son apellation française), et puis à force d’observer mon cendrier, j’ai fini par le dessiner. Il est même devenu mon premier modèle téléchargeable. J’espère pouvoir en proposer bien d’autres mais faut q’j’travaille (comme chantait Princess Erika) sinon mes lecteurs s’inquiètent. Comme c’est mimi ! smile

Allez, par où j’attaque ? Par la SLA, tiens. Mon bouquin se vend,kilukru ? Plutôt bien si on croit les vendeurs de la FNAC. –Il est en rupture de stock… a-t-on entendu ci et là. LOL, ils ont un stock de trois livres, pas difficile d’être en rupture… L’éditeur les sort au compte-gouttes, il doit les faire imprimer chez Vistaprint, par lot de cinq. Hachette met trois semaines à livrer un libraire, Amazon met 24 heures, comment veux-tu que le commerce “traditionnel” survive ? Si j’étais libraire, je commanderais mes bouquins directement chez Amazon. C’est comme acheter un chauffe-eau électrique (200L vertical : LE classique) sur le ouèbe, il sera livré plus vite et moins cher que par la “filière professionnelle”. C’est vrai, je l’ai fait (CQFD, LOL). Bref, ledit bouquin se vend. La Maison de la Presse du village en a vendu 80, je vais enterrer Guillaume Musso, c’est clair. La plupart des amis me demandent combien j’en ai vendu. Franchement, j’en ai aucune idée, et puis je m’en cague ! Pour moi, c’est du passé tout ça. Axion sur aujourd’hui. Mais je dois rendre compte à mes généreux mécènes, SLA que le bât blesse. J’ai contacté la plupart des associations francophones dédiées à la SLA (ARSLA, Belgique, Suisse, Luxembroute, Québec…) : toutes m’ont répondu favorablement. Aucune n’avait entendu des Editions du Panthéon ! Bravo ! L’éditeur est censé faire ce boulot, mais non, il a encaissé le pactole et c’est marre. J’ai donc écrit à l’éditeur… J’en ai ras-la-moumoute de passer mon temps à faire le maître d’école, c’est quand qu’on sera peinards-sereins ? Faut payer combien ?

L’autre actualité concernant la SLA est… Non, pas la thérapie de cellules souches ré-injectées pratiquée en Israël, promettant la lune aux patients du mon dentier.  Non, je veux vous parler de “Tonton” alias Alain Sable. Souvenez-vous, j’en parlais dans l’article du 6 Juin 2017. Et bien, figurez-vous que moi aussi j’ai un pote qui a la SLA : lui ! Après quatre ans de recherches, une éminence aura réussi à décréter qu’il a bel et bien la maladie de Charcot. Quatre ans pour poser un diag’ ! Bande de brelles ! Chui dèg’ putain ! Du coup, comme on a des points communs, on s’amuse à les énumérer et leur jeter la pierre (comme La Mort dans The Meaning of Life des Monty Python), et on se marre. Son “évolution” est très différente de la mienne qui a été fulgurante en 2015. Lui parle et marche encore, mais très lentement. Mais alors vraiment trèèèèèèès len… te… ment. On les a invités afin de comparer nos malheurs, et pendant que femmes procédaient au distingo, nous on fumait dehors. Chacun son fauteuil, chacun sa cibiche[5], chacun sa sclérose. Alin connait le nom de tous les végétaux et animaux, il me les décrit à son rythme, et moi d’aquiescer façon “Oui-Oui”. Perso j’ai toujours été une bite en jardinage, je sais tout juste couper un tronc pour éliminer un végétal… Alin tousse et me fait marrer : sa toux l’énerve… alors il déclame un long –Et… mèèè… rdeuhhh…! Moi, plié de rire. Imaginez le tableau : deux poitrinaires baveux fumants, l’un avec une tronche de Muriel Robin au réveil (moi), et en face Robert Charlebois avec son clop cousu-main. Je lui ai offert mon bouquin en espérant que celui-ci lui fera gagner des étapes dans ce putain de combat avec l’administration (il est suivi à la Tchimone, si vous voyezskejeudire…)

Bon, on n’est pas tout seuls, il y a un troisième cas (vivant) de SLA à Cotignac. A nous trois on explose la moyenne statistique (3 pour 2500 contre 4 pour 100000). On pourrait “surfer sur la vague” comme dit Pite en ayant une appellation du genre “Cotignac village pilote SLA”, ou “Village de caractère” serait remplacé par “Village de sclérosés de caractère”, ou encore “Provence verte SLA”. Seuls les olandé rigoleraient, “sla” signifie salade en néérlandais. En tous cas, on finira par surfer sur la vague à Coti, j’teuldi moi. Le fameux Trail du Bessillon (course pédestre annuelle) risque d’être orientée vers la recherche contre les maladies neuro-dégératives. C’est dans le vent, moi je ne dis pas non. On fera des burns avec nos fauteuils à joysticks, Alin et moi. Le dernier arrivé paye sa tournée de staga[6]. J’ai envie de monter une assoc’ pour avoir plus de poids médiatique.Stamp Hans[7] ?

Pour le reste, j’ai reçu le notaire à domicile, et en pyjama. Y’a rieng là ? Et voui, façon Dude dans The Big Lebowski : on a la classe ou on l’a pas. Il s’avère que, comme dans toutes les petites bourgades, je connais le notaire depuis la maternelle : voilà tout.

Mon équipe technique a changé du tout au tout, on carrément changé de crèmerie. Julien, mon fidèle valet est parti vivre sa vie ailleurs avec sa compagne, enfin détaché de ses parents ! La charmante Minnie Marion ne viendra plus non plus. Mais la nouvelle équipe n’est pas craignoss : K-rol, Orelli et Aline sont trois belles femmes bien rôdées aux cas comme le mien.
K-rol est jeune et très compétente (vraiment elle m’a épaté), et j’ai appris hier Vendredi 19 qu’elle a été remerciée et mise à la porte. P’tin, chui dèg ‘ ! Je commence à croire que toutes les crèmeries se valent …

Orelli est Superwoman, elle me soulève d’un seul bras tendu (-Pas content c’est pareil ! : j’adore ! Sakifo). Elle porte desCag’O’Brailles™ élimés à l’entrejambe absolument anti-sexy mais son décolleté vertigineux amnistie tout. Et puis, j’ai retrouvé la petite Aline. Elle est une amie de quarante ans qui a soigné (donc connu) absolument TOUS les vieux du village. Du coup elle me parle en provençal, et ça je sublime ! Lei Ping fapa dé caadé, bèn pébrà bèn salà, mounte siang ?[8] L’expérience, y’a rien de mieux… Dans tous les métiers, observer l’expérience c’est passionnant ! Mes trois drôles de dames sont toutes mamans, c’est également un plus. CôtéTégnique une Equipe Mobile de Soins Palliatifs est venu aggrandir la O-Team, ainsi qu’une nouvelle kinésithérapeute qui n’hésitera peut(-être pas à me plier en deux). L’EMSP est formée de Thierry, un chirurgien génial, Vero infirmière à l’écoute du moindre détail et Amélie une charmante psychologue. Marion, la kiné, a toutes sortes de techniques différentes de Marc ; en finale très complémentaire. Elle me plie comme une cocotte en papier et me fait beaucoup de bien. La nostéo continue à venir toutes les semaines, et c’est un kiff absolu. Je redouble de confort en sélectionnant au préalable des musiques idoines (Marylin Manson, Thrasher, et Jean Pass (c’est le frère de Joe), naan j’déconne !). Je mets des playlists genre zen,tantra et autres musiques interminables. C’est un pied total !

Malgré tout ce monde de services, mon état ne s’améliore pas. Il stagne (prononcez [stáñœ], ça fait plus provençal), tout au mieux. Mon gros problème actuel c’est avaler. Chaque repas est une difficulté à surmonter, que dis-je ? Un embarras, une contrariété, une gêne… bref : une galère. Tous mes gestes demandent une concentration absolue, surtout avaler des liquides. Et si j’ai un baillement qui arrive là c’est le gros Portnin’Wakbar. Mes bras se croisent, mes jambes se tendent (samfé deux belles jambes) et l’étirement se finit en tremblements jusqu’à ce quelqu’un.e change un membre de position. Si je suis seul, je démonte tout le fauteuil ! Le réflexe est plutôt marrant (jusqu’à la douleur du Melon Bago) et avec mes fils on s’amuse à voir combien de temps je tiens. Vu que le cerveau ne gère rien (le réflexe provient de la moëlle : on dit “réflexemédulaire“), je peux très bien me fendre la gueule tout en ayant la moitié du corps qui part en couille. Le plus drôle c’est la tronche des gens qui ne savent pas. Mais le matin je n’en mène pas large : tous les réflexes se mélangent. Je baille pour éternuer, j’ai froid en essayant d’avaler, la lumière me fait tousser… C’est n’importe quoi ! A mon avis la gastrostomie-Bugsy c’est pour 2018. Fait chier. Mais je n’accepterai cette première “connection par tubes” qu’à condition de retrouver mon ventre d’avant. Franchement, là je suis trop laid, de chez Trolley. Ah oui, j’ai retrouvé mon poids initial : mon bide fait 50% de mon poids total. J’arrive même plus à me plier tant j’ai un gros ventre ! Infâme tel un aandjicapé, et de plus en plus l’air débile. Faut le vivre ça ! Bordel à cul ! Je m’emporte, certes. Je demanderai si on ne peut pas en profiter pour brancher une vanne sur l’intestin grêle. Moi plombier pragmatique : entrée = sortie. Ça m’évitera de devoir me fader des litres de Normacol et pleurer mon trou de balle tous les trois jours. Illustration par l’excellent Vin’s.

On pourra me vider comme les camping-cars, pratique non ? Va falloir aménager des aires de vidange pour aandjicapés, et y’aura même une signalétique dédiée, et des petits malins développeront une appli pour trouver l’aire la plus proche et ma pression intestinale sera comptabilisée sur un objet connecté. Vous voyez ? LE truc qu’on offre à Noël, imputrescible et non-recyclable, dont les chinois innondent le monde. Saloperie de société de consommation !

Maintenant : Pourquoi ce titre ? Hein ?

Et bien j’ai choisi ce titre pour attirer votre attention, ça marche plutôt bien laughing. Oui, mais pourquoi “espagnole” ?  On lui devrait ce qualificatif à cause des bourgeois parisiens qui se faisaient masturber par leurs femmes de chambre espagnoles, de préférence aux poitrines avantageuses. C’est également de là que provient la variante “cravate de notaire“. L’expression change souvent de nationalité selon les pays : si les Portugais, Italiens et Allemands parlent respectivementd’Espanholada, de Spagnola et de Spanish, les Espagnols parlent quant à eux d’une Cubaine ou d’une Américaine. En Amérique du Sud, on parle d’une Française d’une Turque, d’une Suédoise ou même d’une Russe. Les anglais parlent quant à eux d’un French Fuck, va comprendre Charles.

Quand à la « cravate de notaire », j’ai eu beau chercher (notaired’accord, mais pourquoi cravate ?), je n’ai trouvé que des inepties du genre “Le sperme ainsi éjaculé dessine sur le corps de la femme une forme de cravate“, ou encore “une femme de notaire avait mis la cravate de son mari comme seul vêtement“… Je souhaite à mon pote notaire que sa femme lui “fait” de bonnes cravates …

     Après cette mise au point lexicale, venons à la musique. J’en écoute de plus en plus, et ma soif est insatiable (Satie ne suffit pas). Je vous invite à partager mes écoutes sur ma page Deezer ici. Pour ce qui est de la désormais habituelle chronique musicale, je vous propose un titre français pour démarrer l’année. Ainsi les quotas de francophonies seront en crédit et je pourrai poursuivre avec ma pop d’outre manche, voir batave, tiens. Là je vous sors un titre issu de ma liste de lecture Mes chansons d’enFRance, oui les années 80. Alors vous penserez Ferré, Berger, Gainsbourg, Brassens, Lapointe, Boulez ou encore Nougaro… il y a un sacré paquet de bons artistes dans notre chère hexagone. Mais non, je veux vous parler d’un mec bien au dessus de tout ça : un mec que quand t’as fini de lire sa biographie tu sais plus où tu bites, ni quelle heure il est ! Cet artiste français a composé plus de musiques que quiconque -dont cinquante années pour le cinéma-, arrangé pour les plus grands artistes français, joué avec les plus grands jazzmen américains, obtenu trois Cesars, deux Palmes d’Or et je vous épargne les innombrables Grammy Awards et autres Golden Globes. Ce n’est pas une brelle le gonze, ni un traîne-savattes ! Et pour ses 85 ans, il fait encore le une tournée mondiale (de 85 dates, juste ça). Ce ne sera pas Julien Doré qui pourra en dire autant… Non ce n’est pas Aznavourian l’incassable. J’ai nommé le grand Michel, oui Michel Legrand. Alors que Taylor Swift et Avicii venaient à peine de naître, Michel sortit ce bijou (album avec Nana Mouskouri) en 1989. Perso, je kiffe cette sorte de scat. On aime ou on déteste. L’autre jour l’ami de ma fille me lança : -C’est une plaisanterie ! Tu supportes ça ??? Et moi de jubiler intérieurement… Oui, j’adooore Michel Legrand. Mesdames et Messieurs, sur la platchine : Quand ça balance !

Et pour conclure, j’aimerais avoir votre avis sur la « rubrique » musique. Exprimez de zéro à dix votre opinion. 0 = aucun intérêt =Casse toi, tié bidon ! 10 = j’ai appris un truc bonnard, ça m’intéresse = Continues Ollie. Placez vous là où se situe votre appréciationMerci beaucoup.

A tantôt.


[1] Bergeronnette grise : Ordre : Passériformes, Famille : Motacillidés, Genre : Motacilla, Espèce : alba. Se dit : (GB)White Wagtail, (NL)Witte Kwikstaart, (DK)Hvid Vipstjert.

[2] A qui mieux mieux.

[3] Clafi coume un iòu : (provençal) plein comme un œuf.

[4] Emilien : depuis que j’ai revu Taxi de Luc Besson, je m’identifie au comissaire Gibert. Malgré ce qu’en pense notre Pierre Tchernia local (je sais qu’il n’aime pas du tout Besson), moi j’adore les films de Luc Besson, sauf le dernier “Valérian” qui est vraiment une grosse merde.

[5] Cibiche \si.bi?\ féminin. (Populaire, Argot, Désuet) : Cigarette.

[6] Staga : Pastis. De Pastaga, stag, staga…

[7] Stamp Hans : dernier descendant de la famille Stamp. Qu’est-ce que tu en penses ? Hein, Stamp Hans ? Okétto ? Capici ?

[8] Lei pin fa pas de cade : les pins ne font pas des (genévriers)-cade, les chiens ne font pas des chats (les enfants ressemblent à leurs parents – je précise pour les estrangers)

Bèn pébra, bèn salà : bien poivré, bien salé

Mounte sian ? Où êtes-vous ?

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