Mourir dignement : Dimanche 28 Mai 2017

      On est arrivé en Suisse, enfin ! Le centre Dignitas paraît accueillant, en tout cas le personnel sait y faire. Sofa et coptails[1], musique intégrée au moquettes[2]. Tu m’étonnes, à 25000 € ils peuvent ! Et oui, c’est grosso-merdo le prix d’une euthanasie[3], complète, ça va sans dire. Tain, si pour ce prix là il faut encore se fader la crémation soi-même, laisse-tomber-con ! Quoiqu’ avec deux peuneus et un peu d’essence, au fond du jardin, les pompiers s’y casseront le nez. Mais les pompiers suisses sont peut-être moins cons que les provençaux, va savoir Biloute ! Bref, on fait comme on a dit : pas de pleurniches, tête propre et mains hautes. Des heures à écouter leurs sermons, à signer tel ou tel papelard. J’ai tout lu : les astérisques et périls, l’article III avec son apostille-tiers et l’alinéa mes couilles… Complètement ça y est. Le gars me tend le verre avec le fameux sédatif barbiturique censé mettre fin à mes jours. J’ai bien tout compris : il n’a pas le droit de m’aider, c’est à moi de faire le geste et aspirer le breuvage magique. J’entends du coin de l’oreille un transistor dans la pièce d’à côté débiter le flash d’information : -La circulation alternée sur Lausanne… Le chanteur Greg Allman vient de mourrir… Non !!! The Allman Brothers ! Dire que j’ai été au Fillmore East  à New York, leur berceau, leurs meilleurs enregistrements live… Il me vient le doute : si je suce la paille je ne pourrai pas me faire une «rétrospective Allmen » ! J’ai envie de dire au mec : –Désolé, mais non. J’ai quelques disques à écouter aujourd’hui, et je dois envoyer un courriel à Kim et Gary, c’est grave, un monument vient de s’écrouler. Mais je suis muet comme une raie, je tire donc violemment sur ma paille et renverse l’élixir mortifère. Il pose sa main froide sur mon bras et me dit avec une voix de femme : -Ollie ! On se lève ! Je te laisse la radio ? Nathalie a souvent les mains froides, fin du rêve. Alors, un rêve prémonitoire ? Ou pas ? Je lance un débat :  Vous feriez quoi à ma place ? Trouvez vous que le suicide assisté relève d’un choix justifiable ? Mourir dignement, ça vaut le coup ? Bref, pourquoi vous approuvez ? Pourquoi vous n’approuvez pas ? Allez, parlez franco du jarret !

A tantôt.

 


[1] Il m’est arrivé (une fois) de partir en vacances avec 400 plombiers. C’est pas un métier où l’intellect prime, on va dire… Ainsi j’écoutais, non sans délectation, Massimo se régaler de « coptails » en open-bar, 24H/24. Bien sûr, je fis semblant de
ne pas avoir entendu pour qu’il répète le mot. Depuis ce jour là, je l’ai appelé Koptel. Cono !

 

[2] Les moquettes reçoivent un traitement musical au moment de l’aiguilletage des tissus, ensuite, c’est un procédé breveté par la société 3M : Tuneguard® qui encapsule les molécules musicales dans les fibres de la moquette, avec une garantie décennale. Le résultat est stupéfiant, la même musique partout, à niveau juste suffisant pour ne pas pouvoir l’ignorer. Sans Bluetooth, sans Wifi, sans câbles. Le choix des musiques se décide chaque année au fameux Midem, à Cannes, avec des enjeux colossaux puisque des hectares de moquette habilleront des espaces publics ainsi pourvus d’agrément sonore fonctionnel pendant dix ans au moins. Le même procédé est déjà utilisé avec intégration dans des peintures
glycérophtaliques pour sols en béton : on peut l’entendre dans de nombreux parkings souterrains du type Vinci.

 

[3] C’est moins, mais compter les taxes aux frontières, et plusieurs trajets à plusieurs… -Jour ! Contrôlah, siouplé… Dites, c’est à vous ce vase ?

One Comment

  1. Auvi
    8 octobre 2018 : 09:12

    Bonjour Olivier après avoir lu ton livre je découvre ton site. D abord merci pour ta légèreté et ton optimisme celà m aide beaucoup. J ai grace a tes ecris decouvert toutes sortes d aides technique pour les personnes dépendantes. Comme toi mon Papa chéri a été diagnostiqué SLA et celà a été terrible pour toute la famille j ai beaucoup pleuré. En lisant tes lignes j ai compris qu il fallait profiter de l instant présent et faire avec ce que l on a. Il ne faut pas attendre que l orage passe mais apprendre à danser sous la pluie. J ai compris que la vie l amour le bonheur ne s arrête pas avec la maladie la vie est belle et unique. La question. De la fin de vie m a beaucoup hanter car chez nous nous tenons à resté digne. Nous ne connaissons pas le seuil d acceptabilité de la maladie mais lorsque mon Papa Chéri aura décidé d arrêter de se battre nous l accompagneront. J ai pu discuter de cela avec des médecins et infirmiers qui m ont dis qu en France maigres nos polémiques il était possible de partir tranquillement chez soit. C est un soulagement et maintenant je ne pense plus à la fin de vie mais a la vie tout simplement.
    Merci Olivier pour ton courage ton humour et ton combat.

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